Une scène se prépare comme un conseil d’administration.

Cette neuvième édition de Reputation means business s’appuie sur deux scènes où je suis montée en septembre, pour montrer pourquoi le panel ou le keynote mérite la même préparation que votre prochaine présentation au conseil d’administration.

Il y a peut-être dans votre agenda un panel ou un keynote que vous avez acceptés par politesse. On vous l’a proposé, et vous comptez vous y préparer en chemin. Ou peut-être votre agenda ne compte-t-il aucune intervention, et vous vous demandez s’il en faudrait une, ou si ce serait une perte de temps.
Dans les deux cas, la scène reçoit sans doute bien moins d’attention que votre prochaine présentation au conseil d’administration, qui en est à sa sixième relecture. On comprend pourquoi : une scène peut ressembler à une heure de bonne volonté avec un badge autour du cou.
Je dirais que la scène mérite davantage cet effort.
Trente minutes sans filet.
Le 8 septembre, j’ai donné un keynote sur la réputation des dirigeants et l’IA au LHH ICEO Executive Dialogue, à Zurich. Trente minutes, une salle pleine de dirigeants difficiles à impressionner, et un raisonnement à mener d’un bout à l’autre sans que personne ne décroche en route.
Une audience offre ce qu’un document ne donnera jamais : une réaction en direct et un retour immédiat. On sent quand un message passe. On le sent plus encore quand il ne passe pas. N’importe quelle question de la salle pouvait révéler la faille que j’aurais manquée lors de la préparation, et tout le monde me regarderait y faire face sans filet.
Ce que le public a retenu allait au-delà du raisonnement lui-même. Un keynote efficace change ce que l’on ressent face à un sujet, fait naître d’autres questions, et renvoie chacun avec un regard neuf sur la question.
L’introvertie au micro.
Deux jours plus tard, j’ai animé le Marketing Leaders Summit 2026 du début à la fin : l’accueil, la présentation des keynotes, un fireside chat et le panel. L’exercice était tout autre. Mon rôle était de lire la salle, de repérer les désaccords entre les intervenants, de poser la question que le public avait en tête et de garder le rythme de toute la soirée.
À un moment, quelqu’un dans le public a interrogé le panel sur les introvertis sur scène. J’ai dit que j’en étais une. Personne ne m’a crue. Il faut dire que je tenais le micro et menais la soirée à ce moment-là.
Être introvertie ne m’a jamais tenue éloignée de la scène. Ce que j’y aime particulièrement, c’est partager ce que j'ai pu apprendre et montrer comment je réfléchis, et rien de tout cela ne m’oblige à devenir quelqu’un que je ne suis pas.
Les retours ont été très positifs : on a décrit la soirée comme fraîche et dynamique, loin des événements guindés auxquels on peut assister. Plusieurs opportunités d’affaires sont nées de ces deux jours. Certaines venaient de personnes qui m’avaient vue sur scène et voulaient cette réflexion à leurs côtés. D’autres, de personnes qui n’étaient même pas présentes dans la salle, mais qui avaient vu les nombreux posts de celles et ceux qui y étaient.
Toutes les invitations ne méritent pas un oui.
Chaque scène associe votre nom à quelque chose : un événement, une organisation, les autres intervenants, un sujet. Ces associations vont bien plus loin que l’intervention elle-même. On les retrouve dans le programme, dans les posts qui suivent et dans les résultats de recherche pendant des années, et l’on s’en sert pour décider de ce que vous représentez avant même d’avoir entendu un mot de vous.
Avant d’accepter, regardez donc qui sera dans la salle et sur quoi l’on vous demande d’intervenir, et demandez-vous si vous seriez à l’aise d’y associer votre nom. Si la réponse est non, vous pouvez tout à fait décliner. Si c’est oui, ne laissez pas votre préférence pour les coulisses vous en dissuader.
Une fois que vous avez dit oui, préparez-vous comme pour le conseil d’administration. Avant de monter sur scène, sachez ce que vous voulez que la salle retienne de vous, et l’argument que vous défendriez si quelqu’un vous contredisait. Renseignez-vous sur les personnes qui partagent la scène avec vous. Puis consacrez plus de temps aux questions probables qu’à votre introduction : c’est là que l’on vous voit réfléchir en direct.
Surtout, restez vous-même et gardez une place pour l’improvisation. Personne n’attend de vous que vous ayez toutes les réponses.



